Fermeture d’Intermarché Quai Carnot : Les Mousquetaires laissent clients et employés sur le carreau

Fermeture d’Intermarché Quai Carnot : Les Mousquetaires laissent clients et employés sur le carreau

Fermeture d’Intermarché Quai Carnot : Les Mousquetaires laissent clients et employés sur le carreau

20 février 2018, Intermarché, suite. Deux mois et demi après la fermeture de l’Intermarché de Concarneau, où en est le personnel licencié ? Sur les 19 salariés, très peu ont retrouvé un emploi. Le directeur et trois responsables de rayon sont dans l’attente d’un CDI dans différents Intermarchés et Leclerc plus ou moins proches, tandis qu’une « hôtesse de caisse » est en intérim. Comme le confie une ancienne employée : « D’autre profitent de ce « répit «  pour se perfectionner » à travers diverses formations. Elle ajoute : « Je sais aussi que certaines ont beaucoup de mal à rebondir et à envisager un avenir. Quant à certaines, elles ont coupé les ponts avec tout le monde. Je suppose que c’est plus facile pour tourner la page. »

Pour ce qui en est des clients, certains ont trouvé une solution alternative : profiter de la navette Inermarché entre le  parking du magasin fermé et celui de Lanriec. Une solution bancale qui concerne quand même peu de monde.

L’article publié le 1er novembre suit:

Fermeture d’Intermarché Quai Carnot : Les Mousquetaires laissent clients et employés sur le carreau

C’est le 5 octobre que Christophe Appriou, nommé il y a quelques mois directeur de l’Intermarché de Concarneau, et Olivier Rolly, propriétaire de celui de Rosporden et président de la société dont dépend l’enseigne du Quai Carnot, annoncent au personnel la fermeture du point de vente pour le 30 novembre et le licenciement des salariés.

Deux raisons invoquées : le manque de rentabilité du magasin : il « perd de l’argent », et surtout la vétusté du bâtiment avec ses 1200 m² de surface de vente. Il est vrai qu’un magasin flambant neuf, cela accrocherait une clientèle plus large.

Vétusté

Il faut donc faire table rase du bâtiment. Après on verra. « On », c’est-à-dire le groupe Intermarché, qui possède le sol et les murs, dans cet emplacement convoité, face au port de plaisance et à la ville close.

Avant, il y a bien longtemps, il y avait là une vasière. Et puis les hommes on gagné peu à peu sur la mer. En 1895, le quai Carnot est aménagé. Des constructions s’érigent, dont la conserverie Basset. L’usine ferme en 1981.Elle est alors transformée en grande surface. Champion s’installe.

Même si le bâtiment, avec son look caractéristique d’usine (la cheminée qui le surmontait a été démolie il y a quelques années), n’est pas d’origine, ses fondations le sont. La structure métallique commence à s’effriter et « par grande marée, cela suinte », nous confie une employée, « depuis 20 ans que je suis ici, j’ai toujours entendu parler de vétusté ». Les renforcements n’y font rien, l’ensemble ne répond plus aux normes, il est en fin de vie.

En 1999, Carrefour rachète au groupe Promodès les points de vente Champion. Ces derniers basculent peu à peu sous l’enseigne Carrefour Market : c’est le cas de celui du Quai Carnot en 2012. Cependant, en avril de cette même année, l’Autorité de la concurrence oblige Intermarché, qui est en situation de quasi monopole dans certains endroits du Sud-Ouest,  à céder 5 magasins à Carrefour. En manque de liquidités à ce moment-là, Carrefour paye Intermarché en lui cédant à son tour 11 de ses propres enseignes. Celle de Concarneau fait partie de ce troc: « Carrefour nous a lâchés, il a fait un package de ses magasins les moins rentables pour les refiler à Intermarché » commente une employée. Mais au  moins le personnel est resté.

« Les naufragés du quai Carnot »

C’est l’intitulé évocateur de la page Facebook lancée par des employés du magasin, une page qui voit affluer les soutiens.

Ils sont 19 salariés dont seize femmes, tous en CDI. Travail à la caisse, dans les rayons et la réserve, boulangerie, poissonnerie (pendant un temps), boucherie. Pas de section syndicale, le personnel est représenté par une déléguée et sa suppléante.

La plus ancienne  des employées est là depuis 1983 : 34 ans de bons et loyaux services. La moitié environ sont venues avant le tournant du siècle. Et elles sont restées. C’est parfois leur premier emploi. L’un des derniers embauchés, le directeur, venu il y a cinq mois, a reçu le choc de la fermeture comme les autres.

Heureusement, il y a une bonne entente : « il y en a toujours eu entre nous, c’est pour ça qu’on est là depuis si longtemps », déclare la déléguée du personnel. On discute, on se soutient, et personne ne se retrouve seul. « Je suis là tous les jours, et on me sollicite  énormément pour répondre à beaucoup de questions. J’apaise et je rassure comme je peux. Ce n’est pas simple de porter les inquiétudes des autres et de tenter d’y répondre. On me pose la question : alors t’en es où de ta recherche ? Mais je n’ai pas encore trouvé du temps à y consacrer ! »

 

Le prix d’un licenciement

Une procédure de licenciement économique va donc être lancée, accompagnée de son plan social. Ce sera, au vu de la situation particulière de l’établissement, un « congé de reclassement », avec des actions de formation à la clé. Comme les magasins Intermarché sont des sociétés juridiquement indépendantes, le « reclassement interne » avec mobilité d’un magasin à un autre, cela n’existe pas. « On cherche. Personne n’a encore trouvé de point de chute », nous dit-on.

Les indemnités, calculées au minimum légal, c’est 1/4 de mois de salaire par année jusqu’à 10 ans d’ancienneté, 1/3 au-delà, soit, pour trente années de présence, l’équivalent de 9 petits mois de salaire. Durant les 8 mois annoncés du congé de reclassement, 65% du salaire est versé, ou 85% si on est payé au SMIC. Voilà, à peu près, le prix financier d’un salarié licencié. Le prix humain, c’est autre chose.

Point de vente mais aussi lieu de rencontre

« La clientèle ne comprend pas, beaucoup se demandent ce qu’ils vont faire. Il y en a qui viennent tous les jours, même s’ils n’ont pas de course à faire, ils sont là pour discuter avec celles qu’ils considèrent comme des copines. » La grande surface n’a pas qu’une fonction commerciale, elle a aussi un rôle social.

Il est vrai qu’on trouve beaucoup de personnes âgées et de personnes isolées qui viennent ici faire leurs courses, tant bien que mal. Ainsi Suzie, 88 ans : « Je viens tous les jours. Je suis un peu handicapée et je ne peux pas monter dans un bus toute seule pour aller ailleurs. C’est bien ici, ils sont tous gentils. Franchement, on n’attend pas la dernière minute pour dire qu’on ferme, que ce soit pour les clients ou pour les employés. Je vais aller voir le maire pour qu’on trouve une solution. » Mais on vient aussi de plus loin, comme Odile 86 ans : « Ça  fait vingt ans que je viens là, deux fois par semaine, je connais bien le personnel, on discute, c’est presque comme une famille. Je viens en voiture du Cabellou, car le magasin de Lanriec, c’est trop grand. J’espère qu’ils vont en installer un autre en ville. »

Il y a aussi des jeunes comme Emma, Jordane et Lorenzo, 16, 17 et 18 ans : « On vient ici presque tous les midis, c’est un peu notre restaurant, ce n’est pas trop cher et il y a du choix. » D’autres encore, dépourvus de voiture, arrivent de plus loin, comme Johan 33 ans : « J’habite à côté du collège des Sables Blancs et je viens presque tous les jours avec mon chien, ça lui fait sa promenade. J’aime bien ce magasin, les caissières sont sympas. » Les touristes aussi seront frustrés. Et où donc iront s’approvisionner les plaisanciers et l’école des Glénans ?

Désarroi

Les personnes âgées surtout sont désorientées. Elles manifestent toutes une attente vis-à-vis du sauveur, le Maire, comme si la commune pouvait faire sortir une grande surface de sa poche. « J’ai quand même  pris un rendez-vous avec le maire. Il a essayé de répondre à mes questions, il a été très gentil, très ouvert et a dit qu’il nous soutenait », nous déclare la déléguée.

Néanmoins, la clientèle pose quelques bonnes questions. La Mairie doit avoir un œil sur l’évolution du commerce et préparer le terrain en amont. Alors que de nombreuses logements se construisent (Le Lin) ou sont en projet, la fermeture abrupte de la grande surface du quai Carnot va dégrader un peu plus l’attractivité du centre-ville et contraindre les gens à prendre leur voiture au détriment de la planète. C’est un mauvais coup porté à l’animation du centre ville et ce même si, en face, sur une partie de l’ancienne criée, vont s’ouvrir un restaurant et des enseignes, mais pour une clientèle ciblée.

Quant au groupe Intermarché, il ne doit pas planer au-dessus de toute responsabilité sociale vis-à-vis de sa clientèle et de ses employés.

Perspectives

Selon la Direction de la Communication du Groupement Les Mousquetaires : « différentes possibilités sont à l’étude » 1. On n’en saura pas plus pour l’instant. Rien n’est sûr, mais une hypothèse est évoquée depuis plusieurs années déjà : c’est, après l’inévitable démolition,  la reconstruction d’une surface de vente avec des appartements au-dessus, sur plusieurs niveaux. Une opération fortement rentable vu la situation du terrain. Autre hypothèse : une opération purement immobilière et une grande surface sur la friche de la gare (une idée qui avait avortée sous le précédent Maire). Entre temps, c’est bien au moins 3 ou 4 ans qui se seront écoulés.

Certes, il y a une autre surface alimentaire en centre ville, Carrefour City, mais son accueil de 230 m² est trop faible pour offrir un choix suffisant et des tarifs de même niveau.

Intermarché, obscur objet du désir

Les Mousquetaires sont une société un peu particulière, une « coopérative », associant des entrepreneurs-propriétaires de magasins. En plus des Intermarchés, le groupement manage différentes enseignes (Netto, Brico Cash, Roady, etc.) et possède ses propres lieux de production. Mais, dans les faits, elle ne se conduit pas très différemment des autres grands distributeurs avec lesquels elle est en concurrence, que ce soit vis-à-vis de ses fournisseurs, de ses employés ou de sa clientèle. Au demeurant, elle ne s’en porte pas si mal : en France, en 2016, les magasins Intermarché ont enregistré un chiffre d’affaires de 28,7 milliards d’euros, en progression de 1,3 %.

Cependant certains points de vente Intermarché ne sont pas tenus par des propriétaires franchisés, mais se trouvent dans une situation de « portage », soit par ce qu’ils sont en attente d’un repreneur, soit parce qu’ils sont en difficulté et qu’aucun repreneur ne se présente. Ils sont alors placés sous le contrôle d’un autre Intermarché et le gérant de l’établissement est alors un simple salarié, c’est le cas du Quai Carnot.

Or, voici ce que Thierry Cotillard, président d’ITM Alimentaire, déclare au site Linéaires en mars 2017  : « Nous avons une centaine de magasins en portage, ce serait bien d’arriver à zéro en fin d’année. Ou au moins à cinquante, pour libérer des ressources. Nous n’en fermerons que très peu, nous assouplirons plutôt les règles d’affectation aux adhérents. » Thierry Cotillard conclut: « Intermarché doit se réinventer pour devenir une marque plus forte. Nous allons travailler notre désirabilité. »

Les employés ont bien compris le message. Pendant qu’Intermarché travaille sa «  désirabilité », les naufragés du quai Carnot, de leur côté, pagayent sur leur radeau de sauvetage. Etonnamment, envers et contre tout, ils gardent le sourire.

 

1 Voici l’intégralité du communiqué de la Direction de la Communication du Groupement Les Mousquetaires :
« L’Intermarché du Quai Carnot à Concarneau attache une grande importance à l’accueil et à la proximité avec ses clients depuis son ouverture en 2013.
Mais aujourd’hui, après avoir étudié les solutions envisageables, la situation économique de  l’Intermarché ne permet plus d’assurer une exploitation pérenne ni de développer les moyens nécessaires pour envisager la mise en conformité de ses locaux.
Aussi un projet de fermeture au 30 novembre, a été annoncé ce jour, aux collaborateurs du point de vente.
La perspective de cette fermeture est une décision difficile à prendre pour la direction régionale d’Intermarché.
Dans ce contexte, la volonté de l’enseigne est, bien sûr, d’accompagner les 19 collaborateurs au retour à l’emploi via une procédure de reclassement.
Quant au devenir du bâtiment, différentes possibilités sont à l’étude. »

 

Etienne Lang

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